Calendrier de l’avent – 5 décembre

Monaco, mercredi 30 novembre 2050.

 

Chère Rebecca,

 

Nous y voilà ! c’est drôle ! J’ai un souvenir très précis de ce moment, il y a 33 ans jour pour jour, où je t’ai adressé une première carte postale du futur. Enfin carte postale ! C’était un mail plutôt. Le 30 novembre 2017 très exactement. Je l’avais rédigé dans le train au retour de Paris, avec mon smartphone.

 

Je revenais du séminaire annuel du conseil national TEPOS qu’animait le CLER – Réseau pour la transition énergétique. J’y représentais ma commune. Cette instance était chargée à l’époque de proposer des orientations stratégiques pour le réseau TEPOS, une centaine de structures en tout dont près de 60 territoires qui formaient une sorte d’avant-garde de la transition énergétique à la française. Nous fondions grand espoir de mobiliser le maximum de territoires, de changer d’échelle pour nous placer sur la bonne trajectoire, vers un nouveau modèle énergétique, moins polluant et bas-carbone, plus décentralisé, plus solidaire.

 

Curieux de prospective, je lisais à peu près tout ce qui sortait sur le futur. Et le petit texte que je t’ai fait parvenir alors et dont j’ai conservé une copie peut amuser tant j’étais à mille lieux d’imaginer ce qui s’est réellement passé. Je le tiens à ta disposition si tu veux. Par contre nous savions que le temps était compté…

 

L’histoire malheureusement nous a donné raison s’agissant de la conscience de l’urgence et de la nécessité de penser et d’agir de manière systémique. A moins que nous n’ayons agi trop tard, de manière trop timorée ? Nous avions pourtant tous constaté l’échec de l’approche “catastrophiste” pour mobiliser. Aussi nous menions depuis des années un intense travail pour porter et pour mettre en avant des solutions soutenables et désirables. L’optimisme en bandoulière nous partions à l’assaut des déclinistes, des collapsologues et autres Cassandre, que nous lisions sans nous en vanter pour conjurer ou expier certaines de nos visions. Nous nous interdisions d’accepter le pire. Et nous avions raison. Comment pouvions-nous faire autrement ? La sobriété devait être heureuse ! Choisie plutôt que subie. Démocratiquement choisie. Nous savions au fond que nous ne pouvions changer que devant la contrainte et probablement lorsqu’il serait bien tard. Cela ne nous a pas consolé toujours mais suffisamment pour ne pas abandonner aux premiers signes de l’effondrement des systèmes financiers, puis énergétiques, puis alimentaires … Nous n’avons pas fait beaucoup mieux que les autres finalement. Mais nous sommes encore là. Et nous continuons de bricoler !

Homo habilis nous sommes et resterons.

 

J’ai pris 79 ans cette année. Qu’ai-je donc appris ? Le monde d’aujourd’hui est incroyablement différent d’il y a 33 ans, et nous restons des enfants… nous jouons avec le feu ! Alors pour nous sauver, nous avons inventé des êtres infiniment plus responsables et sages, conscients de nos limites et nous tenant à distance de nos rêves. Sommes-nous libres ? Avec l’aide de ces machines, nous avons échappé à l’extinction de l’espèce. Surtout nous avons décidé ne pas mourir. Nous avons presque vaincu la mort. Tu te rends compte ? Mourir représente finalement le dernier geste des hommes libres. Il n’y aurait donc pas d’autre moteur ? J’affirme qu’il y a bien d’autres chemins !

 

J’ai personnellement fait un tout autre choix en rejoignant il y a une dizaine d’années une de ces communautés organisée selon les principes de la démocratie intégrale et installée dans des régions désertées pour y fonder des oasis, y replanter des forêts, y réintroduire de la diversité biologique, culturelle, humaine, y produire une énergie propre. Certains rêvaient il y a 40 ans de terraformer d’autres planètes.Cette entreprise de restauration du vivant en particulier dans des espaces ayant perdu toute valeur marchande est exaltante. Il me reste tant de choses à faire… et toi aussi d’ici là 😉

 

Très bonnes fêtes de fin d’année à toi et aux tiens

 

Bien amicalement.